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La couleur des joints : ce que le mortier change à un mur de brique
La couleur des joints décide de la teinte qu'un mur de brique montre de loin : ce que le mortier éclaircit, grise ou unifie, et comment le juger.
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La couleur des joints décide de la teinte qu'un mur de brique montre de loin : ce que le mortier éclaircit, grise ou unifie, et comment le juger.
Harmonie
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La couleur des joints décide de la teinte qu'un mur de brique montre depuis la rue. À courte distance, l'œil sépare les deux matériaux : il voit des briques, et entre elles un mortier. À partir de quelques mètres, il ne les sépare plus. Il en fait une moyenne. Un joint clair éclaircit et adoucit l'ensemble, qui tire vers le rose grisé. Un joint gris foncé assombrit le mur et éteint le rouge. Un joint teinté proche de la brique fait disparaître le quadrillage : le mur paraît plus rouge, plus dense, plus monolithique qu'il ne l'est réellement.
Autrement dit : sur un mur de brique, vous ne choisissez pas seulement la couleur du mortier, vous corrigez la couleur du mur entier. C'est le levier le moins cher et le plus sous-estimé d'un ravalement de brique apparente. Il n'ajoute aucun produit sur la brique, ne cache rien, et déplace pourtant la teinte perçue d'un cran ou deux. Le reste de cet article explique par quel mécanisme, ce qui fait varier l'effet, comment le juger avant de l'engager sur toute une façade, et ce qui doit figurer sur un devis de rejointoiement pour que ce choix soit tenu.
Le mécanisme est optique, pas chimique. Deux surfaces voisines et petites, vues de loin, se confondent : l'œil ne dispose plus d'assez de résolution pour les traiter séparément, et il restitue une couleur unique, intermédiaire, pondérée par la part de surface de chacune. C'est le même phénomène qui fait qu'un tissu à fines rayures rouges et blanches paraît rose à l'autre bout d'une pièce.
Un mur de brique est exactement cela : une trame régulière de deux matériaux, dont l'un est beaucoup plus étendu que l'autre, mais dont le second est présent partout, réparti uniformément, à intervalles constants. Aucun endroit du mur n'échappe au joint. C'est ce qui donne au mortier une influence sans commune mesure avec sa part de surface.
Cette part se mesure, elle ne se devine pas. Le calcul tient en trois gestes, sur votre propre mur.
Le résultat surprend presque toujours. Sur un mur à joints larges, ou à briques de petit format, la part de mortier est loin d'être marginale. Sur un mur à briques longues et joints fins, elle chute. Deux murs voisins, avec le même mortier, ne réagiront donc pas de la même façon : celui dont les joints sont larges subira davantage la teinte du mortier. C'est la première chose à vérifier avant de décider d'éclaircir ou d'assombrir.
Ce raisonnement rejoint celui, plus général, de l'effet de surface : une teinte ne réagit pas à toutes les échelles. Une petite surface de mortier vue seule dans la main ne dit rien de ce que la même teinte produira, répétée sur cent mètres carrés.
Une fois la part de surface connue, la teinte du mortier pousse le mur dans l'une de trois directions.
Éclaircir. Un mortier clair, blanc cassé ou sable pâle, remonte la clarté moyenne du mur. Le rouge de la brique est dilué : il paraît moins saturé, plus rosé. Le mur gagne en légèreté et perd en masse. Sur une brique déjà claire, l'effet peut aller jusqu'à l'effacement du caractère du mur.
Griser. Un mortier gris, même moyen, tire le mur vers le neutre et éteint la dominante chaude. La brique paraît plus brune, plus sourde. C'est l'effet que produit sans le vouloir un rejointoiement au ciment gris ordinaire sur un mur ancien : le mur ne change pas de brique, il change d'humeur.
Unifier. Un mortier teinté dans la famille de la brique — terre, ocre rouge, brun rosé — fait disparaître la trame. Le mur devient une masse colorée continue, plus rouge et plus intense de loin qu'avec n'importe quel autre joint. C'est la direction qui donne le plus de présence, et celle qui pardonne le moins un mortier mal dosé, car la moindre variation de teinte d'un jour à l'autre se lit alors comme une tache.
Le choix ne se pose donc pas en termes de « quelle couleur de joint est belle », mais de : quelle correction je veux appliquer à la couleur du mur que j'ai déjà.
Deux mortiers de teintes différentes peuvent donner un mur très semblable, s'ils ont la même clarté que la brique. À l'inverse, deux mortiers de même famille de couleur peuvent donner deux murs opposés, si l'un est nettement plus clair que la brique et l'autre non.
Ce qui commande, c'est l'écart de clarté entre le mortier et la brique — ce que les peintres appellent la valeur. Un écart faible : la trame s'efface, la masse domine, le mur se lit comme une surface. Un écart fort : la trame devient un dessin, le mur se lit comme un quadrillage, et le regard suit les lignes plutôt que la couleur.
Un contraste élevé produit trois effets qu'on n'anticipe pas toujours.
Le contraste agit aussi sur la perception de la brique elle-même. Bordée de gris froid, une brique paraît plus rouge. Bordée d'un ocre chaud, la même brique paraît plus brune. Ce n'est pas une illusion marginale : c'est le contraste simultané, détaillé dans pourquoi une teinte change d'aspect selon celle qui la borde. Sur un mur de brique, ce voisinage est permanent et couvre toute la façade.
Un même mortier, posé de deux façons différentes, ne donne pas la même couleur perçue. La géométrie du joint crée ou non de l'ombre, et l'ombre assombrit.
Un joint creusé en retrait vit dans l'ombre du plan de brique. Vu du sol, il paraît systématiquement plus sombre que le mortier ne l'est en réalité, et d'autant plus que le soleil est haut. Un mortier clair posé en retrait profond peut se lire gris moyen sur la façade. C'est le piège classique : la teinte validée sur un échantillon plat ne se retrouve pas sur le mur.
Un joint affleurant, arasé au nu de la brique, montre sa couleur vraie. C'est la seule configuration où l'échantillon de mortier sec correspond à ce que la façade donnera. C'est aussi la plus exigeante en régularité : rien ne rattrape une bavure.
Un joint légèrement creusé et lissé, ou brossé, se situe entre les deux : une ombre fine en partie haute, la couleur du mortier en partie basse. De loin, il donne un ton intermédiaire et un trait plus doux.
L'orientation entre en jeu. Sur une façade au nord, éclairée par un ciel diffus, l'ombre du joint creux est faible et la couleur du mortier ressort. Sur une façade au sud, en été, la même ombre se creuse et le joint s'assombrit aux heures de soleil haut. Un mur peut donc paraître plus clair le matin et plus gris à midi, sans que rien n'ait changé.
Le mortier et la brique n'absorbent pas l'eau de la même façon. C'est un des rares moments où la trame réapparaît franchement, même sur un mur unifié.
Sous la pluie, un mortier poreux fonce vite et fortement. Une brique dense fonce peu. Le mur, uniforme par temps sec, montre alors son quadrillage en négatif : les joints assombris dessinent la grille. Puis les joints sèchent plus lentement que la brique, et le dessin persiste plusieurs heures après l'averse. Un mur choisi et validé un jour sec peut donc avoir, la moitié de l'automne, un aspect qu'on n'avait jamais regardé.
L'effet inverse existe aussi. Certains mortiers très fermés sèchent plus vite que la brique ancienne, plus buvante ; c'est alors la brique qui fonce et le joint qui ressort clair. Rien ne remplace l'observation d'un mur du même type, sur place, après une pluie.
En lumière rasante — tôt le matin, tard le soir — le relief prend le dessus sur la couleur. Le joint creux devient une ligne d'ombre franche, le joint saillant une ligne éclairée. La couleur du mortier n'est presque plus lisible ; c'est le modelé qui commande. C'est aussi la lumière qui trahit le plus impitoyablement les irrégularités de pose.
Un joint neuf n'est jamais un joint stabilisé. Trois évolutions se cumulent, et elles vont toutes dans le même sens : réduire le contraste initial en assombrissant le mortier.
Le mortier fonce en séchant, puis s'éclaircit en carbonatant. Un mortier frais paraît sombre parce qu'il est humide. Il s'éclaircit en perdant son eau. Ce mouvement, sur plusieurs semaines, fait que le mur du jour de la dépose de l'échafaudage n'est pas le mur du printemps suivant.
Le mortier se salit plus vite que la brique. Il est plus poreux, souvent en retrait, donc protégé du lessivage de la pluie mais exposé aux dépôts. Les poussières s'y accrochent. Un joint blanc devient gris pâle, puis gris. Un joint déjà gris bouge moins. C'est pourquoi un contraste fort au départ s'atténue avec le temps, tandis qu'un mur unifié le reste.
Les dépôts ne se répartissent pas uniformément. Sous un appui, le long d'une descente d'eau, en pied de mur, le mortier noircit ou verdit plus vite qu'ailleurs. Le mur perd son homogénéité par zones, et ces zones se dessinent d'abord dans les joints.
La conséquence pratique est simple : si vous choisissez la teinte de joint qui vous plaît à l'état neuf, vous choisissez une teinte que vous ne verrez qu'une saison. Le bon réflexe est de regarder des murs anciens rejointoyés depuis longtemps, dans la même exposition, plutôt que des murs sortis d'échafaudage.
C'est le cas le plus fréquent, et le plus délicat. Une zone dégradée doit être reprise, le reste tient. Le mortier neuf est posé à côté d'un mortier vieilli de plusieurs décennies.
Même bien dosé, il partira plus clair et plus net. Il faut plusieurs années pour qu'il rejoigne le reste, et parfois il ne rejoint jamais, parce que le mortier d'origine n'était pas fait des mêmes composants. Le raccord ne se joue donc pas sur la couleur seule, mais sur trois points :
La difficulté est exactement celle décrite pour les enduits dans raccorder une teinte des années plus tard : pourquoi ça se voit. Sur un mur de brique, elle est aggravée par la trame : le raccord suit des lignes droites, et l'œil repère une ligne droite bien mieux qu'une tache.
Aucun échantillon tenu à la main ne permet de décider. Le seul essai qui vaut est un essai en place, sur le mur concerné.
Un essai utile réunit quatre conditions.
Faites plusieurs essais côte à côte, séparés par quelques briques intactes. Comparer deux teintes voisines est infiniment plus fiable que juger une teinte seule. La méthode générale est celle exposée dans comment juger un essai de teinte sur son mur : elle s'applique intégralement au mortier.
C'est l'outil le plus utile, et il est gratuit. Photographiez les essais de loin, puis convertissez l'image en noir et blanc.
La couleur disparaît, la clarté reste. Vous voyez immédiatement laquelle des deux options rapproche le mortier de la brique en valeur, et laquelle creuse l'écart. Or c'est cet écart qui décidera si votre mur se lit comme une masse ou comme un quadrillage. Un essai qui paraît discret en couleur peut sauter aux yeux en noir et blanc — c'est le signe que le contraste est fort, et qu'il le restera.
Regardez aussi les essais à deux moments de la journée, et si possible par temps couvert et par soleil. Le joint creux se comporte très différemment selon la hauteur du soleil.
Beaucoup de façades mêlent brique et enduit : brique en soubassement et enduit au-dessus, chaînages de brique dans un mur enduit, bandeaux, encadrements de baies.
Dans ce cas, le joint devient un troisième terme. L'enduit s'accorde à la couleur perçue de la brique, pas à la couleur d'une brique tenue dans la main. Changer la teinte des joints, c'est donc modifier la cible que l'enduit doit atteindre. Un mur de brique à joints clairs appelle un enduit différent du même mur à joints teintés terre : dans le premier cas, la brique perçue est rosée et grisée ; dans le second, elle est franchement rouge.
L'ordre des décisions compte : décidez d'abord des joints, jugez ensuite le mur obtenu, puis choisissez l'enduit. L'inverse conduit à un accord bâti sur une couleur qui n'existera plus. Les règles de cet accord sont détaillées dans accorder un enduit à la brique : choisir la teinte qui ne jure pas.
Un point à vérifier avant tout : dans certains secteurs, l'aspect des façades — teinte des mortiers comprise — peut être encadré. Cela ne se devine pas et ne se déduit d'aucune règle générale. Cela se vérifie auprès du service urbanisme de la commune, avant de commander un mortier teinté.
La teinte des joints ne se chiffre pas seule : elle s'inscrit dans un poste plus large. Aucun prix ne peut être annoncé ici, parce qu'il dépend de facteurs qui ne se voient que sur place. En revanche, la façon dont il se construit se décrit précisément.
Ce qui pèse sur le montant :
Ce qui doit figurer par écrit sur le devis, côté teinte :
Pour obtenir un chiffre qui vous concerne, il n'y a qu'une voie : faire établir plusieurs devis sur le même métré et sur la même description de finition. Deux devis qui ne décrivent pas le même dégarnissage ni le même joint ne sont pas comparables, quel que soit l'écart entre leurs totaux.
Ce n'est pas une question de mode mais de cohérence avec le bâti. Un contraste fort accentue la géométrie et donne un aspect net, plus proche d'une construction récente. Un joint proche de la teinte de la brique donne une masse plus sourde, plus proche de l'aspect des murs anciens. Le meilleur repère reste les murs anciens du même quartier, dont les joints n'ont jamais été repris : ils montrent ce que le temps fait dans cette exposition précise.
Techniquement, une peinture appliquée sur un joint change sa couleur immédiatement. Mais elle ajoute un film sur la partie du mur la plus poreuse, c'est-à-dire celle par laquelle le mur évacue son humidité, et elle s'use en surface, par plaques, là où l'eau ruisselle. Le résultat vieillit rarement bien. Modifier la teinte perçue passe plutôt par le mortier lui-même, au moment où il est de toute façon repris.
Parce qu'un appareil expose pour une moyenne et lisse le contraste local. Le quadrillage clair des joints tire la mesure vers le haut, et la brique ressort plus pâle qu'à l'œil. C'est pour cela qu'une photo sert à comparer deux essais entre eux, pas à juger une teinte dans l'absolu. Comparez toujours deux options dans la même image, prise au même moment.
Il faut distinguer deux cas. Si le mortier est simplement plus clair que prévu et récent, le vieillissement le rapprochera de ce que vous attendiez, et la patience est souvent la meilleure décision. Si la teinte est franchement fausse — un gris ciment sur une brique chaude, par exemple — aucun vieillissement ne corrige une dominante. Il faut alors dégarnir et refaire, ce qui suppose que la brique supporte un second dégarnissage.
Avant. Le joint modifie la couleur perçue de la brique, et c'est cette couleur perçue, vue de la rue, que l'enduit doit accompagner. Choisir l'enduit d'abord revient à l'accorder à une brique tenue en main, qui n'est pas celle que verront les passants.
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