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la rédaction · 9 min de lecture

Soubassement, encadrements, corniches : les registres d'une façade

Une façade n'est pas une surface unie. Elle a une assise, un champ et un couronnement, et la teinte se décide registre par registre.

Harmonie

7 min de lecture

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Bas de façade montrant un soubassement gris, un bandeau clair et le champ de l'enduit
Assise, bandeau, champ : trois registres lisibles sur un mètre de mur.

On parle de « la couleur de la façade » comme s'il n'y en avait qu'une. Regardez n'importe quelle maison de bourg construite avant 1950 : il y en a trois ou quatre, et elles sont réparties selon une logique qui n'a rien d'arbitraire.

Cette logique est d'abord constructive. Le bas d'un mur ne subit pas ce que subit le haut ; l'encadrement d'une fenêtre n'a pas la même fonction que le champ de maçonnerie qui l'entoure ; la corniche existe pour écarter l'eau. La couleur n'a fait, pendant des siècles, qu'accompagner ces différences de fonction.

Quand on ravale en appliquant une teinte unique du trottoir à l'égout du toit, on n'obtient pas une façade sobre : on obtient une façade sans structure. C'est la cause la plus fréquente d'un résultat correct sur le papier et décevant sur la rue.

Trois registres, trois fonctions

Une façade traditionnelle se lit en trois bandes horizontales superposées.

L'assise, en bas : le soubassement. Il reçoit les projections d'eau, les chocs, les salissures de la rue, et il porte visuellement tout le reste.

Le champ, au milieu : la grande surface d'enduit percée des baies. C'est la teinte qu'on appelle « la couleur de la maison », et c'est celle qui occupe le plus de mètres carrés.

Le couronnement, en haut : bandeau, corniche, débord de toiture. Il termine le mur, le protège de l'eau qui descend et fait la transition avec la couverture.

À ces trois bandes s'ajoute un quatrième registre, vertical celui-là : les percements et leurs encadrements, qui rythment le champ.

Une composition tient quand chacun de ces registres est identifiable sans effort à la distance depuis laquelle la maison est vue — c'est-à-dire depuis la rue, pas depuis le pied du mur.

Le soubassement : ce qu'il fait avant d'être une couleur

Le bas d'un mur est la zone la plus sollicitée de toute la façade, et pour trois raisons distinctes qu'on confond souvent.

Le rejaillissement, d'abord. Quand la pluie frappe le sol au pied du mur, les gouttes rebondissent et remontent, chargées de terre et de sable. La hauteur atteinte dépend de la nature du sol — un gravier renvoie moins qu'un béton lisse — mais elle est de l'ordre d'une trentaine de centimètres. Cette bande basse est donc lavée, abrasée et salie en permanence.

Les remontées capillaires, ensuite. Dans un mur ancien dépourvu de coupure de capillarité, l'eau du sol monte dans la maçonnerie et s'évapore à la surface du mur, à la hauteur où elle trouve à sortir. Elle apporte avec elle des sels dissous qui cristallisent en surface. Cette zone-là est humide de l'intérieur, ce qui est une situation entièrement différente de la précédente.

Les chocs, enfin : outils, vélos, tondeuses, portières. Un soubassement est aussi une protection mécanique.

La couleur plus soutenue du soubassement n'est donc pas une convention décorative. C'est la reconnaissance du fait que cette bande sera plus sale et plus abîmée que le reste, et qu'il vaut mieux le prévoir que le subir.

L'erreur technique la plus coûteuse

Elle consiste à traiter le soubassement comme une zone à étancher.

Le raisonnement paraît solide : puisque cette bande souffre de l'eau, autant y mettre un enduit dense, riche en ciment, imperméable, éventuellement une résine ou un revêtement plastique épais. C'est exactement ce qu'il ne faut pas faire sur un mur ancien.

Un mur ancien fonctionne en séchant. L'eau qui y entre — par capillarité, par la pluie battante, par un défaut de gouttière — doit pouvoir en ressortir, et elle ressort par la surface. Si l'on rend la surface étanche sur la bande basse, l'eau ne s'arrête pas : elle monte plus haut, et elle ressort au-dessus du soubassement, en emportant les sels. On déplace le problème d'un mètre, on le rend plus visible, et on abîme l'enduit sain.

Le même raisonnement vaut pour les peintures filmogènes appliquées sur un soubassement de pierre ou de brique ancienne. Ce qui protège durablement une base de mur, ce n'est pas l'étanchéité, c'est la capacité à sécher vite, associée à un traitement des causes : évacuation des eaux de toiture, pente du sol au pied du mur, suppression des terres rapportées contre la façade.

Sur les coteaux de craie où le ruissellement est important — c'est la situation classique autour de Gaillon, sur les hauteurs de Vernon ou aux Andelys — la question du sol au pied du mur décide davantage de l'état du soubassement que le produit qu'on y applique.

Quelle hauteur, quelle teinte

La hauteur du soubassement n'est pas libre : elle doit correspondre à quelque chose de visible sur la façade.

Le plus souvent, c'est la ligne d'appui des fenêtres du rez-de-chaussée, un ressaut de maçonnerie, un changement de matériau existant, ou la hauteur d'un mur bahut de clôture qui vient s'y raccorder. Un soubassement dont l'arête ne correspond à rien se lit comme une bande arbitraire, et l'œil ne lui pardonne pas.

Deux dérives sont fréquentes. Le soubassement trop bas — une plinthe de quelques centimètres — ne protège rien et ressemble à un oubli. Le soubassement trop haut, monté jusqu'aux appuis de fenêtre de l'étage, écrase la maison et lui donne l'allure d'un bâtiment posé sur un socle plus grand que lui.

Pour la teinte, la règle qui marche est celle de la continuité : le soubassement appartient à la même famille que le champ, en plus soutenu, et non à une autre famille. Un champ beige-gris appelle un soubassement de la même dominante, un ou deux tons plus foncé. Un soubassement gris froid sous un champ beige chaud produit deux maisons superposées.

L'exception traditionnelle est le soubassement de matériau : pierre appareillée, brique, silex, grison selon les secteurs. Là, la teinte n'est pas choisie, elle est celle du matériau, et le champ doit s'accorder avec elle. C'est le sens du soubassement dans le bâti ancien : ce n'est pas une bande peinte, c'est la partie du mur qu'on n'a pas enduite.

Les encadrements : souligner ou fondre

Autour des baies, le bâti ancien pose presque toujours un matériau différent : pierre de taille, brique, parfois bois. La raison est constructive — il faut un matériau capable de reprendre les charges au-dessus d'une ouverture et de tenir des arêtes nettes — mais l'effet est visuel : les percements sont cernés.

Au moment du ravalement, trois stratégies s'offrent, et ce sont trois partis différents.

Souligner. L'encadrement est traité dans une valeur nettement plus claire que le champ. La façade se lit alors comme un fond percé de trous encadrés, les ouvertures prennent de l'importance et la composition devient rythmée. C'est le parti le plus classique et le plus sûr sur un bâti de bourg qui possède de vrais encadrements de pierre.

Fondre. L'encadrement est traité dans la même teinte que le champ, ou à peine plus clair. La façade devient une surface unie où seul le relief, à la lumière rasante, révèle encore le dessin. Ce parti convient au bâti simple et aux maisons dont les encadrements sont en réalité de la brique ordinaire ou du béton, c'est-à-dire des éléments qui ne gagnent rien à être montrés.

Inverser. L'encadrement est plus sombre que le champ. C'est le parti le plus difficile : il fonctionne quand le matériau d'origine est effectivement sombre — brique, silex — et il échoue presque toujours quand il est décidé pour faire moderne, parce qu'il donne aux fenêtres l'aspect de meurtrières.

Le critère de choix n'est pas le goût mais l'existant : si l'encadrement est un vrai matériau, on le montre ; s'il n'en est pas un, on le fond.

La règle qui régit tous les détails

Il y a un principe unique derrière ces choix, et il vaut aussi pour les bandeaux, les corniches et les chaînages : une petite surface doit être choisie plus affirmée que ce qu'on veut obtenir, une grande surface moins affirmée.

C'est la conséquence directe de l'effet d'aire. Une teinte gagne en saturation et en présence quand la surface qu'elle occupe augmente. Un encadrement occupe quelques pourcents de la façade : s'il est choisi dans un écart discret, il disparaîtra purement et simplement à dix mètres. Le champ occupe presque tout : s'il est choisi franc, il deviendra envahissant.

L'écart utile entre un champ et un encadrement se juge à distance de rue, jamais au pied du mur. Un écart qui paraît brutal à un mètre est souvent le bon écart à dix.

Bandeaux, corniches et chaînages

Le bandeau est une saillie horizontale qui marque en général le niveau du plancher de l'étage. Il coupe la hauteur du mur en deux et donne l'échelle du bâtiment. Le traiter dans la teinte du champ revient à supprimer cette information ; le traiter dans un ton plus clair rétablit la lecture des niveaux.

La corniche, sous l'égout du toit, a une fonction hydraulique avant d'être ornementale : elle éloigne du mur l'eau qui descend. C'est aussi la pièce la plus exposée de la façade et souvent la plus dégradée. Une corniche traitée dans un ton clair devient une ligne d'ombre franche par temps de soleil, et c'est cette ombre, plus que la couleur, qui fait le couronnement.

Les chaînages d'angle sont les éléments verticaux qui renforcent les arêtes du bâtiment. Ils donnent au volume ses limites. Sur une maison étroite, les souligner accentue la verticalité et peut être excessif ; sur une maison large, ils tiennent la composition.

Un point pratique compte plus que tous les autres : ces éléments sont en saillie, donc ils reçoivent l'eau et retiennent la salissure sur leur face supérieure. Un ton très clair sur un bandeau non protégé sera marqué d'une ligne noire au bout de trois ans. Mieux vaut un clair légèrement rompu, qui accepte cette évolution.

Les pièces qu'on oublie de compter

Trois éléments appartiennent aux registres sans qu'on les considère comme tels, et ils décident pourtant d'une bonne part du résultat.

Les appuis de fenêtre, d'abord. Ce sont des pièces inclinées, terminées par une goutte d'eau en sous-face, dont la fonction est d'écarter du mur l'eau qui ruisselle sur le vitrage. Si la goutte d'eau est bouchée par une couche d'enduit ou de peinture épaisse, l'eau revient contre la façade et dessine, sous chaque fenêtre, deux coulures verticales qu'aucune teinte ne rattrape. C'est le défaut le plus répandu et le plus facile à éviter.

Les seuils et les marches, ensuite, qui prolongent le soubassement au droit des portes. Les traiter dans une autre teinte que lui casse la ligne d'assise ; les oublier laisse une interruption au milieu de la bande la plus visible depuis la rue.

Les descentes d'eau pluviale, enfin. Elles courent verticalement sur toute la hauteur et traversent donc les trois registres. Une descente d'une teinte franche coupe la façade en deux ; une descente accordée au champ disparaît. La règle simple : une descente se fond, elle ne se souligne jamais. Et son état conditionne celui du mur — la plupart des salissures verticales spectaculaires viennent d'un joint ouvert ou d'un coude fuyard, pas de la teinte choisie.

Quand le relief a disparu

Deux situations très courantes suppriment les registres.

La première est l'enduit passé uniformément sur une façade qui possédait des modénatures. Les reliefs subsistent physiquement mais, traités dans la même teinte et le même grain, ils ne se lisent plus qu'aux heures de lumière rasante. La façade paraît alors plate à midi et révèle son dessin en fin de journée, ce qui donne une impression étrange d'inachèvement.

La seconde est l'isolation thermique par l'extérieur. L'épaisseur ajoutée noie les encadrements, réduit les débords de toiture, supprime les appuis de fenêtre en saillie. Sur un pavillon des années 1970 à 1990 dépourvu de modénature, cela ne change rien : il n'y avait rien à perdre. Sur une maison de bourg ancienne, c'est le motif de réserve le plus fréquent en instruction, avant même la question de la teinte.

Quand le relief a disparu, ou n'a jamais existé, la couleur reste le seul moyen de rendre une structure à la façade. C'est le cas de beaucoup de maisons ouvrières homogènes des années 1950 à 1970, très présentes à Bonnières-sur-Seine, à Elbeuf ou dans les faubourgs de Louviers : un soubassement dessiné à la teinte, un encadrement peint autour des baies et un couronnement plus clair suffisent à leur rendre une composition qu'elles n'ont plus matériellement.

Combien de teintes sur une façade

Trois suffisent presque toujours, quatre au maximum en comptant les menuiseries.

  • Le champ, en teinte moyenne, qui donne l'identité de la maison.
  • Le soubassement, même famille, un à deux tons plus soutenu.
  • Les modénatures — encadrements, bandeaux, corniches, chaînages — dans un ton plus clair.
  • Les menuiseries et les volets, qui constituent le contraste et décident du caractère.

Au-delà, la façade devient un exercice de coloriage. En deçà — une seule teinte pour tout — elle perd son assise et son couronnement, et paraît toujours plus haute et plus nue qu'elle n'est.

Ce que le contexte local suggère

Dans les bourgs anciens du secteur — Pont-de-l'Arche, Brionne, Beaumont-le-Roger, Ivry-la-Bataille, Conches-en-Ouche — les encadrements de pierre calcaire et les soubassements de silex ou de brique existent réellement. Le parti le plus sûr y consiste à ne rien inventer : dégager ce qui est en pierre, ne pas l'enduire, et accorder le champ à la teinte réelle du matériau.

À Évreux et dans les ensembles de la Reconstruction, la modénature est simplifiée mais présente sous forme de bandeaux de béton, d'allèges et de trumeaux différenciés. Elle est souvent plus lisible qu'on ne le croit, et un ravalement qui la respecte redonne au bâtiment son dessin d'origine.

Sur les plateaux battus par les vents d'ouest, autour du Neubourg ou de Normanville, la pluie arrive à l'horizontale sur les pignons. Le soubassement y compte moins que la protection du haut du mur : c'est la corniche et le débord qui décident de l'état de la façade à dix ans.

Les erreurs qui reviennent

  • Appliquer une teinte unique sur toute la hauteur, puis s'étonner que la maison paraisse nue et trop haute.
  • Étancher le soubassement d'un mur ancien. L'eau ne disparaît pas : elle ressort plus haut.
  • Choisir la hauteur du soubassement au mètre ruban plutôt qu'en la calant sur une ligne existante de la façade.
  • Traiter les encadrements dans un écart discret, invisible à dix mètres. Sur une petite surface, il faut oser l'écart.
  • Peindre en clair un bandeau non protégé et découvrir trois ans plus tard la ligne noire de salissure sur sa face supérieure.
  • Souligner des encadrements qui n'en sont pas : un cadre de béton de série ne gagne rien à être mis en scène.
  • Traiter les modénatures après coup, une fois l'échafaudage démonté. Elles font partie du même chantier ou elles ne se font pas.

Ce qu'il faut retenir

Une façade se compose comme une phrase : elle a un début, un développement et une fin. Le soubassement pose l'assise, le champ porte l'identité, le couronnement termine, et les encadrements rythment.

Le soubassement doit rester perméable et se caler sur une ligne existante ; l'étancher est la seule erreur vraiment coûteuse de tout le sujet. Les encadrements se soulignent quand ils sont un vrai matériau et se fondent quand ils n'en sont pas. Les petites surfaces se choisissent plus affirmées que ce qu'on veut obtenir, les grandes moins.

Et quand le relief a disparu, sous un enduit uniforme ou sous une isolation, la couleur reste le dernier moyen de rendre à la maison une structure. C'est peu coûteux, cela se décide en même temps que la teinte principale, et cela fait la différence entre une façade repeinte et une façade composée.

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